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Lettre ouverte - Un défi collectif incontournable

La crise du logement prend de l’ampleur et ses effets se font sentir dans l’ensemble de nos communautés. L’accès à un logement abordable et décent est un enjeu qui mérite une attention collective et des réponses concrètes.

En nous joignant à cette lettre ouverte, initiée par Janie C. Beïque, co-présidente de GALOPH et PDG du Fonds de solidarité FTQ,  Pierre Boivin, co-président de GALOPH et vice-président du conseil d’administration de Claridge Inc. et Clément Demers, architecte et urbaniste, nous souhaitons contribuer à mettre en lumière l’urgence d’agir collectivement pour faire face à la crise du logement et assurer à toutes et à tous l’accès à un logement abordable et décent.


TEXTE DE LA LETTRE OUVERTE

Un défi collectif incontournable

Les cosignataires demandent à tous les partis politiques de s’engager à faire de l’abordabilité en habitation un objectif prioritaire.

Collectif de signataires

La pénurie de logements abordables pour les personnes à très faible et à faible revenu est dramatique partout au Québec et elle soulève des enjeux de société qui auront, en l’absence d’actions concrètes à la hauteur des besoins, des conséquences irréversibles sur les coûts de santé, la diplomation des enfants et adolescents et la sécurité publique.

Alors que les personnes disposant de revenus élevés ont accès à un vaste choix de propriétés et de logements locatifs de qualité, à l’autre extrémité du spectre, les ménages à faible revenu – notamment les personnes migrantes, les femmes, les personnes aînées ou en situation de handicap – éprouvent plus de difficulté à trouver un logement correspondant à leur capacité de payer. Selon les données de la SCHL, au Québec, le taux d’inoccupation des 50 % des logements les moins chers (premier et deuxième quartiles) était respectivement de 1,3 % et de 1,2 % en octobre 2025. Bien que la situation se soit améliorée depuis les planchers atteints en 2022 et 2023⁠1, en pratique, cela signifie une disponibilité qui reste presque nulle.

Une étude réalisée par McKinsey pour Centraide du Grand Montréal confirme l’ampleur du problème qui prend racine depuis une quinzaine d’années déjà.

En 2023, près de 310 000 ménages du Grand Montréal, soit 17 % des ménages, disposaient d’un revenu résiduel négatif après avoir payé leur logement et leurs autres besoins essentiels. Pour toutes ces familles, leur revenu ne suffit pas pour se loger, se nourrir, se vêtir et se déplacer convenablement.

Cette même étude révèle que seulement 4,8 % des logements du Grand Montréal sont subventionnés⁠2, comparativement à 7,3 % à Toronto, 8,2 % à Vancouver et 27,5 % à Vienne. Malgré les efforts importants déployés au cours des dernières années pour accélérer la construction de logements sociaux, communautaires et abordables, Montréal et les autres villes du Québec accusent encore un retard dans la réponse à un besoin de base – un toit !

Un logement inadéquat ou trop cher oblige les familles à réduire leurs dépenses d’alimentation, de médicaments, de soins dentaires, de chauffage et de transport. Il peut aussi entraîner plusieurs maladies, le stress chronique, le trouble du sommeil, les troubles familiaux, l’isolement social et les difficultés de développement des enfants.

Une infrastructure essentielle pour tous

L’abordabilité en habitation n’est pas une dépense visant une minorité. C’est une infrastructure essentielle à la santé, à l’éducation, à la sécurité et à la disponibilité de la main-d’œuvre nécessaire au développement du Québec. La crise tarifaire qui sévit présentement risque d’entraîner des mises à pied importantes et s’avérer un vecteur d’appauvrissement pour de nombreuses personnes affectant leur capacité à se loger adéquatement.

Une portion importante des nouvelles personnes qui se retrouvent en situation d’itinérance découle notamment de la hausse marquée des loyers et de la diminution de l’abordabilité en habitation. Cette situation engendre des coûts économiques majeurs pour nos gouvernements. Plusieurs études réalisées au cours des dernières années ont démontré que les coûts sociaux associés aux personnes en situation d’itinérance sont importants et en augmentation constante (de 78 000 $ en 2023 à 95 000 $ en 2026). La disponibilité de logements pour ces personnes participerait à réduire considérablement ces coûts.

Les hospitalisations, les services d’urgence, les interventions policières, la justice et l’hébergement temporaire coûtent beaucoup plus cher que la prévention et le logement permanent avec accompagnement.

Au cours des dernières années, nous avons accéléré, au Québec, la construction de logements sociaux, communautaires et abordables en mobilisant de nouvelles approches. Grâce aux projets qui seront réalisés au cours des prochaines années, nous en ajouterons des milliers d’autres. Ces initiatives concrètes sont importantes. Nous devons résolument poursuivre nos efforts jusqu’à ce que nous arrivions à résorber la crise actuelle.

Pour y arriver, il faudra que les gouvernements et les partenaires de la société civile concernés augmentent leur collaboration pour innover dans les structures de financement et processus de réalisation afin d’optimiser et d’accélérer la construction de ces logements. Nous invitons tous les partis politiques et leurs chefs respectifs à prendre des engagements clairs et mesurables afin de relever ce défi collectif incontournable pour le développement du Québec.

Lettre ouverte publiée le 16 septembre 2026