Lettre ouverte - Itinérance : des engagements intéressants, maintenant place aux actions concrètes!
En pleine campagne électorale, les engagements en matière d’itinérance se précisent. L’enjeu est maintenant de les traduire en actions concrètes et structurantes.
En nous joignant à cette lettre ouverte, initiée par notre partenaire le Collectif québécois pour la prévention de l'itinérance, nous souhaitons rappeler l'importance d'agir en prévention, sur les causes profondes, pour des transformations durables.
TEXTE DE LA LETTRE OUVERTE
Itinérance : des engagements intéressants, maintenant place aux actions concrètes!
Collectif de signataires
À l'approche du scrutin, les engagements des différents partis politiques en matière de logement, de mesures d'urgence et de prévention de l'itinérance se précisent.
Toutefois, cette considération électorale doit s'inscrire dans une volonté de réduire durablement l'itinérance. Gérer les conséquences de la crise est nécessaire. S'y limiter ne l'est plus. Le véritable défi consiste à réduire les nouvelles entrées dans l'itinérance tout en créant les conditions nécessaires à des sorties durables et en renforçant les conditions permettant le maintien en logement.
Malgré la diversité de nos missions, nous partageons la même conviction : l'itinérance n'est pas une fatalité parce qu’il est possible d’agir sur les causes.
Nous saluons les engagements visant à reconnaître l'expertise des organismes communautaires et à renforcer leur financement. Devenus, par la force des choses, le dernier filet social pour un nombre croissant de personnes en situation de précarité, ces organismes jouent un rôle essentiel dans la réponse à la crise.
Mais l'intervention d'urgence, aussi indispensable soit-elle, ne peut à elle seule résoudre le problème de l'itinérance ni même freiner sa progression.
Le constat est préoccupant. Le nombre de personnes en situation d'itinérance visible a plus que doublé en sept ans. En parallèle, l'itinérance coûte aujourd'hui plus de 1,15 milliard de dollars par an aux gouvernements du Québec et du Canada1, sans compter les dépenses assumées par les municipalités. Cette trajectoire n'est ni socialement acceptable ni financièrement soutenable.
Cette réalité devrait nous amener à une conclusion simple : aucune stratégie crédible ne pourra réussir si elle ne s'attaque pas simultanément aux causes et aux conséquences de l'itinérance.
Prévenir les entrées et soutenir les sorties
À cet égard, nous saluons le consensus des partis sur l'objectif de porter à 20 % la part des logements sociaux et communautaires dans le parc résidentiel québécois lors du Rendez-vous électoral en habitation tenu au début du mois. Toutefois, plusieurs d'entre eux restent vagues quant aux moyens d'y parvenir. Réduire durablement l'itinérance est indissociable d'une augmentation significative de l'offre de logements sociaux et communautaires.
Cette mesure est nécessaire, mais elle ne saurait à elle seule répondre à la complexité du phénomène.
La prévention des évictions, la planification des sorties des établissements de santé, des centres jeunesse et des établissements correctionnels, le soutien au revenu ainsi que l'accès à des services d'accompagnement adaptés continuent d'occuper une place trop limitée dans plusieurs plateformes électorales.
Pourtant, les données montrent que de nombreuses nouvelles situations d'itinérance découlent de pertes de logement liées à l'incapacité de payer un loyer devenu trop élevé. De nombreuses sorties d'institutions publiques sans accompagnement adéquat mènent encore directement à la rue.
Se donner des objectifs communs
Dans ce contexte, nous appuyons la volonté transpartisane de tenir un Sommet sur l'itinérance en 2027. Ce rendez-vous devra permettre de fixer des objectifs clairs, de préciser les responsabilités et d'assurer le suivi des engagements.
Le succès de ce Sommet ne se mesurera pas à la qualité des discussions, mais aux actions qui en découleront.
La question n'est plus de savoir quoi faire. Les constats sont connus. Il est temps de les traduire en actions concrètes, avec des objectifs, des délais et une véritable obligation de résultats.
Inscrire l'action dans la durée
Enfin, cette obligation de résultats doit s'inscrire dans un cadre durable qui dépasse les cycles électoraux et budgétaires, grâce à un cadre législatif prévoyant des objectifs à long terme et une reddition de comptes transparente.
Nous appelons donc l'ensemble des partis politiques à se fixer des objectifs mesurables de réduction de l'itinérance, à rendre compte publiquement des progrès réalisés, à investir de façon cohérente dans les mesures de prévention, d'intervention et de sortie de l'itinérance, et à inscrire ces engagements dans un cadre durable dépassant les cycles électoraux.
L'itinérance n'est pas une fatalité. Les outils existent. Les solutions sont connues. Il appartient maintenant aux formations politiques de transformer leurs engagements en résultats.
Mettons-nous en mouvement !
Signataires :
