Entreprendre ensemble pour les enfants du Québec - Allocution de M. Claude Chagnon

Allocution de monsieur Claude Chagnon, président de la Fondation Lucie et André Chagnon, à la l'Escale 2014, un événement regroupant des acteurs et des actrices du développement social et du développement des communautés de partout sur la Côte-Nord, sous le thème Entreprendre ensemble, collectivement.

 

Forestville, le 13 novembre 2014*

Allocution en format PDF

Mesdames et Messieurs,

Merci de m'accueillir dans votre belle et grande région !

Je suis particulièrement heureux de me retrouver au cœur d'un événement rassembleur et en compagnie de gens engagés et mobilisés - partageant les mêmes valeurs que la Fondation Chagnon et animés de la même culture entrepreneuriale -  afin de contribuer au développement social et au développement des communautés de leur région.

J'ai consulté avec intérêt les projets collectifs de la Côte-Nord. Je suis impressionné par votre dynamisme, votre mobilisation et vos orientations dans les dossiers  « famille et enfance », « conciliation travail-famille », « réussite - accomplissement - et persévérance scolaire », et « solidarité et inclusion sociale ». 

En les parcourant, j'ai constaté que nous partageons la conviction profonde qu'agir ensemble et résolument en faveur du développement social - ainsi que du développement des enfants et des capacités d'agir des acteurs de votre région - est un gage de prévention et de retombées positives sur les plans humain et économique.

Je veux profiter de l'occasion pour souligner le travail des 50 organismes regroupés dans les diverses MRC de la Côte-Nord qui œuvrent en petite enfance, des 13 regroupements de partenaires  de la région qui œuvrent en promotion des saines habitudes de vie ainsi que des 27 organisations membres du Réseau des partenaires de la réussite éducative de la Côte-nord. La Fondation Chagnon est fière de vous soutenir par l'intermédiaire d'Avenir d'enfants, de Québec en Forme et de Réunir Réussir que nous avons créés en partenariat avec le gouvernement du Québec. Vous faites un travail extraordinaire et important !

La région de la Côte-Nord est à l'image de plusieurs régions du Québec que j'ai eu la chance de visiter. J'ai pu constater que des centaines de milliers de parents et autant d'éducatrices et d'éducateurs, d'enseignantes et d'enseignants, de bénévoles, d'intervenants du milieu communautaire, de professionnels, de gestionnaires et d'entrepreneurs sociaux et du monde des affaires se consacrent au développement des enfants et à leur réussite éducative. Ils le font concrètement, quotidiennement et avec passion.

Ensemble, par leurs gestes, leurs décisions et les initiatives souvent novatrices qu'ils mettent en œuvre, ils entourent chaque enfant, contribuent à son développement, soutiennent les parents et les familles, et travaillent à créer des conditions de vie plus favorables, particulièrement en milieux défavorisés.

À la Fondation Chagnon, nous avons une façon de résumer tout cela : « Agir tôt et agir ensemble ».  C'est ce dont je veux vous entretenir aujourd'hui.

Notre mission est de prévenir la pauvreté en ciblant la réussite éducative des jeunes Québécois.

Ce qui a motivé ma famille à créer la Fondation en l'an 2000 se résume ainsi : Pour nous, la pauvreté ne doit pas être considérée comme une fatalité.

Dans une société comme la nôtre, il est inacceptable de constater qu'encore aujourd'hui, de nombreux enfants vivent et grandissent dans des conditions défavorables. La pauvreté qui les affecte ainsi que leurs familles et leurs milieux nous concerne tous. Ce n'est pas seulement leur développement qui est compromis, mais c'est aussi celui de toute notre société.

Selon les recherches les plus récentes au Québec et dans le monde, la pauvreté est un phénomène complexe, au visage multiple et changeant. La « nouvelle » pauvreté n'est plus le fait d'un groupe spécifique, elle peut affecter diverses couches de la population.

Aujourd'hui, même des personnes occupant un emploi peuvent en souffrir parce que leurs revenus sont trop bas. Elles sont obligées de fréquenter les banques alimentaires et de cumuler les emplois pour « joindre les deux bouts ». On ne peut donc attribuer les causes de la pauvreté à un seul facteur ou en faire porter le poids à une seule catégorie de la population.

D'emblée, je tiens  à préciser que la mission préventive de la Fondation n'est pas d'abord centrée sur la modification des comportements individuels. Elle se veut une contribution modeste à la mise en place de conditions favorables à un bon départ dans la vie pour l'ensemble des enfants et à l'amélioration des conditions de vie des générations à venir.

La Fondation Chagnon s'inscrit totalement dans une perspective de prévention. Le terme « prévention » traduit notre désir de ne pas seulement lutter contre la pauvreté ou traiter des problèmes isolés de certains enfants en difficulté, mais aussi d'agir sur les causes, de viser le long terme et d'induire des effets durables. En agissant de la sorte, on réduit les probabilités que les enfants d'aujourd'hui deviennent, par la suite, des adultes vivant dans la pauvreté et l'exclusion.

Si la prévention de la pauvreté définit la mission ultime de la Fondation, la réussite éducative vient préciser la cible de nos contributions. En effet, il est de plus en plus évident que le développement global d'un jeune et son éducation affectent durablement les autres déterminants de la pauvreté que sont la santé, le niveau socioéconomique et le développement de l'ensemble de la société.

La notion de réussite éducative est beaucoup plus vaste que la simple réussite scolaire. Elle vise le développement global du jeune, dès la petite enfance, au point de vue physique, intellectuel, affectif et social. L'instruction, la qualification et la socialisation sont des composantes importantes de la réussite éducative et permettent ainsi aux jeunes Québécois d'obtenir un meilleur emploi, de jouir d'une meilleure santé et de mieux participer à l'essor de la société.

La Fondation Chagnon a choisi de contribuer à la mise en place de conditions qui favorisent le développement du plein potentiel des enfants du Québec âgés de 0 à 17 ans, avec une préoccupation particulière pour les milieux défavorisés et la petite enfance.

Nous misons sur l'avenir. Nous croyons qu'en aidant les enfants à atteindre leur plein potentiel, il sera plus facile de rompre le cercle de la pauvreté. Leur réussite éducative est un gage de prévention de la pauvreté qui exige un engagement à long terme et de toutes les sphères de notre société.

Il est donc important d'agir tôt et tout au long du parcours scolaire et éducatif des enfants et des jeunes.

À ce chapitre, nous voulons souligner et valoriser le rôle et la capacité des parents, car ils sont les premiers en mesure d'amener leurs enfants à développer leur plein potentiel. Plusieurs projets de nos partenaires locaux et régionaux auxquels nous contribuons ont pour objectif de les soutenir dans leur rôle.

Prendre comme point de départ le potentiel et les forces de l'enfant, considérer l'expérience de la famille ainsi que valoriser et renforcer son rôle constituent des dimensions importantes de l'action préventive.

Dans le but de sensibiliser les parents, et le public en général, à l'importance d'agir tôt auprès des jeunes enfants, la Fondation finance le site Web, le magazine et la campagne sociétale Naitre et grandir qui rejoignent chaque mois des centaines de milliers de parents. Vous avez peut-être déjà vu les dernières publicités sur le développement des habiletés sociales qui sont en ondes présentement. Sinon, je vous invite à consulter le site naitreetgrandir.com.

Mais la seule action des parents ne suffit pas. Ne dit-on pas qu'il faut tout un village pour élever un enfant ? Il est donc important d'agir ensemble !

La Fondation Chagnon a compris, dès le début de ses activités, que la mobilisation des communautés locales constituait un levier important pour favoriser la réussite éducative des enfants et pour prévenir la pauvreté.

Étant donné la complexité de l'enjeu de la pauvreté et ses multiples causes, mener à bien la mission de la Fondation est un projet ambitieux qui ne peut être réalisé sans l'intervention de plusieurs acteurs à différents paliers.

Quelques années d'expérimentation nous ont convaincu que la participation des familles et des organisations locales aux choix stratégiques qui les concernent est essentielle au même titre que l'appropriation des solutions qui en découlent.

Si le but ultime de l'action de la Fondation vise des changements durables sur le plan de la réussite éducative des enfants, l'objectif de la mobilisation se traduit, quant à lui, par le soutien au développement ou au renforcement du pouvoir d'agir des communautés afin de les aider à apporter les changements qu'elles trouvent nécessaires à leur développement. La Fondation est convaincue qu'une communauté solide et résiliente est un facteur de protection pour les enfants et les jeunes.

En d'autres termes, la Fondation croit que les changements durables souhaités collectivement doivent s'ancrer dans les mœurs, à l'échelle humaine et dans les milieux, pas seulement dans des textes de lois ou des services, aussi importants soient-ils.

J'ajouterais à cela l'importance d'allier l'économique et le social aux projets de développement des communautés. Le Réseau québécois de développement social reconnaissait récemment que le développement économique et le développement social vont de pair. En résumé : « Plus une économie va, mieux les gens vont ; et plus les gens vont, mieux se porte l'économie ».

Je lisais récemment un livre sur le développement économique local et régional intitulé « Planning local economic developpement ». Il décrivait les caractéristiques d'une région résiliente sur le plan économique. Sur les 16 atouts d'une économie régionale résiliente, quatre étaient directement reliés à mon propos. Je veux parler de la réduction des inégalités de revenus, de la réussite scolaire, de l'accessibilité financière et de la réduction de la pauvreté. À côté de cela, figuraient d'autres indicateurs plus traditionnels, mais non moins importants, tels que la diversification économique, l'environnement d'affaires et les infrastructures.

En fait, mon rêve est que nous fassions tomber les silos. Je souhaite que tous les acteurs, économiques et sociaux, se mobilisent. Le développement des personnes et des communautés, la prévention de la pauvreté et l'éducation sont des préoccupations que nous devons tous partager.

Ayant dit cela, il faut aussi reconnaître que les communautés n'ont pas nécessairement tous les moyens pour prendre en charge l'ensemble des problématiques. Les besoins des individus, des familles et des enfants constituent une responsabilité partagée. Le soutien des paliers régional et national demeure important.

En ce moment, nous discutons beaucoup des structures, des mesures et des programmes publics qui touchent à la petite enfance, à la famille, à l'éducation, à la prévention ainsi qu'au développement social et collectif.

Sans vouloir remettre en question la nécessité de revoir nos dépenses publiques afin de mieux les contrôler tout en demeurant efficaces, je veux vous dire à quel point je suis convaincu que l'argent et les ressources consacrés à la petite enfance, à l'éducation et au développement et à la mise en commun des capacités d'agir des milieux, particulièrement des milieux défavorisés, sont des investissements judicieux pour notre société.

Dans un esprit de dialogue et d'ouverture, si nous avons quelques minutes, je terminerai en vous invitant à me partager vos idéaux et vos projets collectifs. Je vous remercie encore de votre invitation et apprécie grandement votre présence à cet événement rassembleur qui témoigne de votre engagement envers l'action collective pour le mieux-être de vos concitoyens et des collectivités de la Côte-Nord.

Merci.

 

* La prestation peut différer du texte.

Nous voulons

« Nous voulons » est une courte vidéo qui traduit en images la volonté, chaque jour renouvelée, qui nous anime : celle de prévenir la pauvreté pour le bien-être des générations futures au Québec.

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